Entre le 20 et le 22 juin, selon les années, se déroule la journée la plus longue du calendrier annuel. Le solstice d'été. Un moment important dans le cycle annuel celtique, sujet à célébration.
Si l'équinoxe symbolise l'équilibre entre la lumière et l'obscurité, le solstice représente l'opposé. Le solstice de juin, masculin et solaire, devait être célébré par des danses, une atmosphère festive, joyeuse et exubérante à la gloire d'Ogmios, dieu-roi, car la suprématie des activités diurnes baignaient dans les rayons solaires. Bélénos lui avait volontiers cédé la place à Beltaine, en mai.
Deux mois plus tard, en Août, Ogmios céderait à son tour son trône à Lug, sans pour autant lui donner son statut. Le solstice d'été, l'apothéose du symbole de la royauté, était symbolisé par le phallus, la corne d'abondance et l'épée.
En hiver, par contre, le solstice représentait le "côté sombre", soit lunaire, féminin et spirituel, dans tous les aspects de la vie quotidienne. La plupart des activités agraires ou guerrières étaient fortement ralenties. Le côté initiatique et maternel prédominait. La terre dormait, refroidie et dure, mais les matrices étaient fertiles. Le solstice d'hiver était symbolisé par le creux du réceptacle, là où tout est encore possible.
Les célébrations des solstices et équinoxes étaient populaires, marquant des événements naturels qui influençaient la vie quotidienne, tandis que les célébrations de Samain, Imbolc, Beltaine et Lughnasag, sacerdotales, représentaient des éléments spirituels et touchaient davantage au domaine druidique.
Ces moment clé du calendrier, de la roue des saisons, s'accompagnaient selon leur nature et symbolismes de conciles et d'assemblées solennelles, de tribunaux, jugements et mises à morts le cas échéant, de cérémonies de passages ou d'initiations, etc.
Les connaissances en cosmologie et la cosmogonie des Celtes n'avaient rien à envier aux civilisations grecques ou égyptiennes, ni aux Mayas ou Aztèques, ni aux civilisations orientales puisqu'elles sont communes à la base du védisme, par exemple.
Les lecteurs auront remarqué que dans "Milo", l'auteure a tenu à représenter la "religion" des Celtes au quotidien, non seulement du point de vue des rituels et des croyances mais en faisant même intervenir les différents dieux et en envoyant le héros s'initier dans l'Autre Monde. Ce ne fut pas par simple goût de l'originalité ou de la fantaisie mais un choix bien pesé afin d'illustrer le fait que, pour les Celtes, tout cela, ce qu'on appelle la mythologie, des éléments qui ont inspiré notre "héroïc-fantasy", était bien réel, fondé sur des valeurs concrètes, quoique beaucoup plus intuitives que les nôtres, et avait une dimension spirituelle applicable dans le quotidien, guidant les comportements, l'éthique et les vertus, calquée sur les cycles naturels.
Le "domaine du possible" est devenu un concept arbitraire, conditionné par les croyances et les critères culturels. Mais au-delà des perceptions de la réalité existe pourtant bien une réalité. Pouvons-nous l'appréhender ? (voir cet autre article ICI).
D'après le Docteur John E. Mack (M.D.), d'Harvard Medical School, notre vision du "possible" est complètement différente de celle des indiens d'Amérique, par exemple, ou des moines bouddhistes tibétains. Nous avons aujourd'hui, dans notre culture occidentale, aux comportements stoïciens (déconnexion du sensible) et à la pensée réductionniste (opposée à l'holiste), une idée limitée de ce qui est réel. Et cette idée devient de plus en plus limitée, simpliste, au fur et à mesure que passent les siècles. Nos sens, par lesquels nous pouvons connaître le "monde de l'intangible et de l'invisible", sont atrophiés. Nous n'avons même plus l'appareillage mental ni les capacités de perception nécessaires pour cerner cette réalité. Nos langues modernes ne sont plus amènes d'exprimer les connaissances et sagesses perdues, notre écriture ne peut plus englober le lyrisme qui leur sied. Nous avons perdu les facultés nous permettant d'aller au-delà de notre horizon physique immédiat, et même dans la dimension physique, nous sommes déconscientisés et insensibilisés, tellement obnubilés par le cerveau que nous vivons superficiellement notre incarnation.
C'est pour cette raison qu'il nous est difficile, voire impossible, de nous représenter exhaustivement la "religion" (par manque de mot plus adéquat) celtique et ce qu'elle impliquait comme comportements, philosophies, symboles et connaissances. La prudence est de mise pour ceux qui cherchent à la reproduire dans l'absence du contexte absolument révolu.
Donc, le jour du solstice, pour ma part, je me contenterai d'une randonnée aux abords d'une ancienne forteresse celtique nichée au cœur de nos belles collines, en ayant une pensée pour l'invisible méconnu ou dédaigné, et pourtant bien réel !
FLB

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