Des Gaulois sales, agressifs, ivrognes et ripailleurs ?
Non ! Les Gaulois avaient un grand soucis de l'hygiène (ils connaissaient le savon qu'ils utilisaient pour la lessive aussi bien que pour leur toilette et se laver les cheveux), prenaient grand soin de leur dentition et surtout de leur barbe et chevelure.
Et s'ils appréciaient l'hydromel et la cervoise et organisaient d'incroyables festins pouvant durer plusieurs jours, considérant leur grand sens de l'honneur, s'enivrer devait être une preuve de déchéance morale. De plus, nous savons aujourd'hui de sources sûre, que "la ceinture du jeune guerrier était mesurée tous les jours !" Pas question, un peu à l'instar des spartiates, de s'empiffrer jusqu'à devenir bedonnant. Si certains roi ou nobles poraient le nom de Galba (Le Gros), allez savoir ce que signifiait pour les Celtes la notion de "gros". César ne prenait pas de photo, hélas !
Extraits de Milo :
- "Point de guenilles ni de visages souillés à la forteresse du roi !" s'écrie Vitto (p. 35)
- Les instructions du barde (p. 98) : ¨[...] Rien, dans ton apparence, ne peut nuire à celle de ton Seigneur. Il se doit d'afficher en permanence les vertus requises de son rang, les richesses provenant de sa noblesse, le corps sain et robuste exigé de l'élite guerrière. Ses compagnons d'armes, ses gens, ses valets, et même ses serviteurs, doivent en être le reflet. Dans ce sens, tous tes besoins seront satisfaits afin que tu restes propre, soigné et en bonne santé. [...]"
- Gussou déclare (p.88) : "[...] Mon honneur de ne me permet de frapper que ceux qui sont capables de rendre mes coups !"
- Et Diviciacos de rappeler (p. 45) : "Ceux-là sont d'une autre trempe ! Leurs seigneurs et leurs princes [...] ne s'enivrent pas de vin et ne se prélassent pas dans des thermes ! "
- etc.
Une armée indisciplinée ?
Non ! Et ce n'est pas César, malgré ses fréquents efforts pour dénigrer ses adversaires aux yeux du Sénat de Rome, qui me démentira. Si dans une même phrase il qualifie les gaulois belges d'extrèmement braves et d'incultes (uniquement selon la culture latine), il ne peut cacher dans ses comptes-rendus qu'en face, on se prépare, on s'allie, on se concerte, on élabore des stratégies, et surtout, on ne s'élance pas n'importe commen sur le champs de bataille.
Extrait de Milo :
- (p. 192) "Galba invita les rois à déployer leurs armées. Les seigneurs et les princes d'abord, les cavaliers et les chars sur les flancs, puis les archers. Au centre, les fantassins, revêtus de cottes de mailles et flanqués de leurs longs boucliers chamarrés, tous munis d'un bouquet de trois javelots. A la fin se rangèrent les hommes occasionnellement armés pour grossir le nombre. [...]"
Au cours du récit de "La Guerre des Gaules", ont voit même les belges changer de stratégie au cours des campagnes. De l'attaque en vagues massives aux embuscades, en passant par l'alternance archers/fantassins/cavaliers, les gaulois sont loin d'être des guerriers impulsifs et irréfléchis !
Des tailleurs de menhirs ?
Non ! Ces pierres ont été taillées et dressées quelques milliers d'année avant l'époque qui nous occupe. Bien qu'aujourd'hui, les découvertes et datations archéologique ne cesse de reculer dans le temps la présence celtique en Europe, il est encore convenu que les menhirs ont été taillés et dressés par les peuplades précédentes.
Extrait de Milo :
- (p. 366) Milo observa les pierres, dressées là par des hommes que le barde avait appelés les sages du fond des mémoires, les prédecesseurs, conquis par les ancètres fuyant le déluge. [...] La seule chose que ces menhirs lui inspiraient était l'image des trois dernières dents d'un animal gigantesque que les siècles auraient enfoui dans le sol.
Des chasseurs de sangliers ?
Non ! Les Celtes (que les romains appelaient Gaulois et les Grecs, Galates) étaient essentiellement agriculteurs. Extrait de Milo :
-(p. 339) Les joies de la chasse, réservées aux seigneurs, étaient permises entre Elembivos (août) et Samonios (novembre), et uniquement avec la bénédiction des druides. Milo avait hâte d'y gouter !
Les Gaulois faisaient preuve déjà de talents culinaires. La viande (de porc, de boeuf et de volaille), était loin d'être consommée uniquement grillée sur le feu comme le présente la bande dessinée d'Astérix. Ragoûts, farces et surtout charcuteries, saussissons et jambons natures, fumés ou braisés, agrémentaient les repas où foisonnaient diverses légumineuses (lentilles et haricots) et racines (cousins de nos carottes et bettes). La pâtisserie était déjà une réalité, au miel et aux noix. N'oublions pas les œufs sous toutes leurs formes.
Des barbares ignares et incultes ?
Non ! Les découvertes archéologiques le prouvent : répandue en Europe depuis le 7è siècle avant Jésus-Christ, la civilisation celtique n'avait rien à envier en sciences ou en arts aux Égyptiens ou aux Grecs; cosmologie (et cosmogonie dans l'architecture et l'urbanisation), art culinaire ou poétique, médecine,... Les exemples foisonnent dans "Milo".
La fausse réputation d'ignorance vient du fait que les Celtes méprisaient l'écriture... par choix idéologique. La parole symbolisait l’action, pour les Celtes, tandis que l’écrit était inerte. Ils utilisaient les caractères grecs pour certaines formalités, tels que les recensements, mais les édits, jugements, rapports, serments, etc. se prononçaient en présence de témoins et restaient vivants, retenus par cœur. Leurs mémoires étaient d'ailleurs exercées à conserver la généalogie, les lois et jurisprudences, la mythologie, etc., sous une forme poétique très structurée, comme le prouvent les transcriptions monastiques des récits de bardes lors de la christianisation de l'Irlande. Ne parlons pas de leurs connaissances en médecine (on a retrouvé des preuves de trépanations, de fractures réparées et de dents soignées), en astronomie, en sciences environnementales, en agriculture durable et en élevage.
Si l'empire romain a pu se créer et s'étendre si vite autour de la méditerranée après avoir (enfin) conquis la Gaule, c'est parce que celle-ci en était le grenier à grain, fournisseur de main d'oeuvre soldatesque et cavalière, de minerais divers, de sel, et j'en passe !
Leur savoir dans les forges était réputé : ils ferraient leurs chevaux ! Leurs armes, surtout les épées ainsi que leur systèmes de suspension, les cottes de mailles, les casques, les outils de tous les jours n'avaient pas leurs pareils dans le monde antique. Les bijoux en bronze, argent, or, verre coloré, ornés parfois de corail importé ou de pierreries suscitent encore aujourd'hui l'émerveillement.
Leur créations vestimentaires étaient très bien adaptées à toutes les situations. Les braies pour les hommes, avec la brague, ancêtre de la braguette d'aujourd'hui, le saillon, sorte de pèlerine du guerrier assez longue pour réchauffer mais assez courte pour monter à cheval et manier l'épée sans gêner, les chaussures de tous types, d'hiver ou d'été. Le travail du cuir avait une grande place : les ceintures et baudriers, les sacs et sacoches, les harnais surtout, pour l'attelage de guerre ou d'agriculture, et les brides des chevaux, avec différents types de mors qui n'ont pratiquement pas changé jusqu'à ce jour !
Cette carence en écrits fut la cause des clichés. Là plus qu'ailleurs convient l'adage qui déclare que l'histoire est écrite par les vainqueurs ! Les écrits de César ont longtemps fait loi, ainsi que ceux des observateurs grecs ou latins loin d'être objectifs ou neutres.
Ce n'est que depuis une cinquantaine d'années que l'archéologie s'applique à redresser les torts faits à nos ancêtres par les profs d'histoire et autres historiens bien plus incultes que ne l'étaient les Gaulois !
Les Romains ont civilisé les Gaulois ?
Non ! Il y a une chose à retenir sur la civilisation romaine : elle s'est bâtie sur celles qu'elle conquerrait ! Les Romains n'ont pas inventé grand-chose, ni rien apporté d'autre que l'administration, la fonctionnarisation, et une application de la politique et du droit encore utilisée aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, Rome n'aurait pas pu s'implanter - et demeurer - si les Gaulois n'avaient été bien organisés et hiérarchisés, prêts à recevoir et aptes à comprendre les apports de la civilisation romaine car, après la conquête, les Gaulois eux-mêmes ont pris en main la gestion de leur coin de l'empire à la manière de Rome... et à leur sauce ! Il faut savoir que la paix romaine était en fait un élément de propagande. A part sous le règne des Antonins, les Gaulois ne se sont jamais montré dociles ou soumis comme on l'imagine. En réalité, c'est la Rome religieuse qui les a finalement dompté, bien mieux et plus vite que ne l'avait réussi la Rome impériale.
Personnellement, et contrairement à tous ceux qui l'adulent et la vénèrent comme une civilisation géniale et splendide, je vois la civilisation romaine comme un patchwork d'importations. Son succès était plus dû aux emprunts réalisés lors des conquêtes (à commencer par la Gaule sans laquelle la petite république ne serait pas devenu un empire) qu'à un réel courant de génie interne. Le monde méditerranéen était pour elle un self-service géant, même sa religion était empruntée aux Grecs, et l'armement du légionnaire sous l'empire comporte de nombreux éléments copiés aux Gaulois : modèle de casque, imitation de braies, cape courte, harnachement des chevaux, et tout ce qui fut expliqué dans le paragraphe précédent ... De plus, Rome comportait en essence, à mes yeux en tout cas, tout ce qui me dérange dans notre société actuelle : la misogynie, le spécisme, la bureaucratie, l'abrutissement de la population par les divertissements et la religion "déspiritualisée", l'urbanisation excessive et la déconnexion d'avec l'environnement, l'exploitation - sorte de prémices de "l'intensif" que nous connaissons aujourd'hui, la gloutonnerie, les classes sociales, la politique et la propagande, les pauvres qui nourrissent les riches, etc.
Les gaulois utilisaient des chars de guerre et des chariots bien avant l'arrivée des romains, qui, eux, n'avaient pas véritablement de cavalerie. L'armée romaine employait des cavaliers mercenaires numides et hibères.
Les gaulois ont aussi inventé le tonneau. Ils avaient l'air fin, les romains, avec leurs amphores qui ne tenaient pas debout !
Au fil des pages de "Milo", la civilisation celtique, dont la société était structurée de manière circulaire (en une hiérarchie non pyramidale), et dont certains fonctionnements ont resurgi, un peu déformés par la latinisation et la christianisation, à l'époque médiévale, est exposée à la lumière des dernières découvertes et déductions des archéologues, philologues et autres professionnels de l'Histoire contemporains, et apparaît en tant que la civilisation brillante, riche, très religieuse et ingénieuse qu'elle devait être.
Non pas idéale, car nous restons sur Terre, mais qui détient néanmoins quelques clés intéressantes.
Et bien d'autres exemples de clichés redressés dans "Milo" !!
Visitez aussi le musée des Celtes à Libramont http://www.museedesceltes.be/ !
2 commentaires:
Bravo!
Merci pour ces cours passages qui donnent envie de découvrir la vie de Milo au 1er siècle avnt JC et de connaître ses us et coutumes.
Cordialement,
Dominique
J'ai trouvé ça fantastique!Les celtes c'est ma passion!
MARION,11 ans
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