Voici un petit article pondu à la demande de lycéens français.
Les questions de ces étudiants (en bref) :
- comment sait-on que la légende d'Arthur est d'origine celtique
- Pourquoi l'a-t-on christianisée ?
* * * * *
La légende d'Arthur est d’origine Celte, cela ne fait aucun doute. Elle transpire les croyances et comportements celtiques :
Voici quelques comparaisons :
1. Le Graal
Le mot vient lui-même du latin "Cratera", vase ou bassin. L'ancien français "Gréal" signifiait vase ou coupe, pour ne plus représenter que la coupe du Christ qui récolta son sang, et qui, symboliquement, donne la vie éternelle. Le sang que versa le christ, pour les chrétiens, est le symbole de ce qui rachète l'homme et lui permet d'accéder au Paradis.
Le Graal, en version celtique, pourrait bien être le chaudron d'Ogmios,(irl. Ogme), représenté aussi avec un arc et des flèches. Ogmios représente une fonction sacerdotale liée à la guerre et à l'éloquence : il est celui qui régule par la guerre sans jamais la faire... Son chaudron symbolisait l'abondance (autonomie), dépendante d'un équilibre où la guerre avait un rôle crucial.
Selon l'illustration sur le chaudron de Gunderstrup, le chaudron d'ogmios rendait la vie aux guerriers tombés au combat. Plus exactement, il permet le renouvellement du cycle réincarnatoire.
Le guerrier celte qui meurt l'épée à la main sur le champ de bataille est certain d’arriver dans l'Autre Monde (1.). Il « passe » par le chaudron d’Ogmios pour ascensionner dans le cycle de la réincarnation, tout comme le métal passe par le creuset pour devenir pur, solide… défini. On imagine aisément le chaudron d'Ogmios faisant partie des poèmes bardiques comme étant la quête ultime métaphorique de tout valeureux guerrier.
Selon l'illustration sur le chaudron de Gunderstrup, le chaudron d'ogmios rendait la vie aux guerriers tombés au combat. Plus exactement, il permet le renouvellement du cycle réincarnatoire.
Le guerrier celte qui meurt l'épée à la main sur le champ de bataille est certain d’arriver dans l'Autre Monde (1.). Il « passe » par le chaudron d’Ogmios pour ascensionner dans le cycle de la réincarnation, tout comme le métal passe par le creuset pour devenir pur, solide… défini. On imagine aisément le chaudron d'Ogmios faisant partie des poèmes bardiques comme étant la quête ultime métaphorique de tout valeureux guerrier.
Le Graal, dans sa version chrétienne, symbolise la mesure qui manque à l'homme pour dépasser sont état mortel et acquérir l'immortalité.
Dans sa version celtique, dont la philosophie de vie est cyclique, le chaudron symbolise le moyen d'accéder à la divinité, c'est à dire, pour le "soi" (équivalent de l'âtman en brahmanisme), la libération du cycle perpétuel (équivalent du Samsâra) par un acte héroïque (notion similaire au karma, car l'évolution du Soi est liée aux actes) puisque la culture celtique est imprégnée du culte de l'héroïsme.
Les deux récipients, le chaudron et la coupe, n'en font plus qu'un dans les versions médiévales du récit pour permettre à l'homme de s'élever, non pas sur autrui, mais au-delà de lui-même.
Dans sa version celtique, dont la philosophie de vie est cyclique, le chaudron symbolise le moyen d'accéder à la divinité, c'est à dire, pour le "soi" (équivalent de l'âtman en brahmanisme), la libération du cycle perpétuel (équivalent du Samsâra) par un acte héroïque (notion similaire au karma, car l'évolution du Soi est liée aux actes) puisque la culture celtique est imprégnée du culte de l'héroïsme.
Les deux récipients, le chaudron et la coupe, n'en font plus qu'un dans les versions médiévales du récit pour permettre à l'homme de s'élever, non pas sur autrui, mais au-delà de lui-même.
Cette comparaison, et la théorie qui en résulte, est inédite est toute personnelle.
La comparaison entre la mythologie celtique et la métaphysique Brahman et védique, approche bien plus sensée vers la civilisation celtique disparue que les écrits antiques grecs et romains, en est encore à ses balbutiements.
2. Les chevaliers de la table ronde
Ce genre de confréries guerrières est typiquement celte. En effet, les aristocrates celtes entretenaient des compagnies de cavaliers et de fantassins, des guerriers qui avaient juré loyauté à leur seigneur jusqu’à la dernière goutte de leur sang et qui, en toutes circonstances, se devaient de sauvegarder l’honneur de leur seigneur (même Jules César le rapporte, c'est dire ! ^^).
La résurgence, au Moyen-âge, de ces idéaux n’est pas surprenante puisque, à la chute de l’Empire romain qui préférait plutôt une armée de soldats (rémunérés par une « solde »), les germains (n’oublions pas que Clovis - Chlodowech de son vrai nom - était Sicambre, c’est-à-dire d’origine celte. Les germains sont une invention de César) ont remis au goût du jour le culte de l’héroïsme et les confréries de guerriers (ou d’artisans) loyaux. Ces mêmes germains - Jutes, Angles et Saxons - ont colonisé l'île de Bretagne et y ont formé sept royaumes. C'est durant ces invasions insulaires par des germains de peuples en grande partie fondés par les Belges, que les poèmes et sagas bardiques, de tradition exclusivement orale à l'origine, ont été retranscrites plus tard... grâce aux convertis chrétiens, Celtes désormais partisans de l'écriture et conscients de devoir préserver un certain patrimoine.
Dommage que ce ne fut pas le cas sur le continent. Sans doute parce que l'acculturation romaine y avait été plus profonde (avec une "chasse aux druides" par édit impérial) et la christianisation, moins complaisante (la chasse continue : sus aux païens !).
Le chiffre 12 ne rappelle pas seulement le nombre des apôtres, c’est aussi un multiple de 3.
Or, les guerriers celtes organisaient leurs compagnies en multiples de trois : un seigneur (ou un guerrier de noblesse) et deux compagnons d’armes.
3. Excalibur
L’épée n’est pas un symbole chrétien, à priori, sauf, dans l'Ancien Testament, où celle de Salomon finit par représenter la justice qui tranche. Par contre, son symbolisme est crucial pour une société guerrière telle que la civilisation celtique. On ne meurt honorablement que l’épée à la main!
L'épée est aussi :
- la langue (nous sommes dans une culture orale, à la base)
- la puissance reproductrice masculine dont le fourreau protecteur est le féminin : "vagin" vient du latin "vagina" signifiant étui, fourreau, gaine.
- L'instrument de l'équilibre vie/mort par la guerre et de la transformtion par la mort. Cette notion d'équilibre se muera en notion de justice dans la morale judéo-chrétienne.
Ce concept de l'épée instrument de l'équilibre est d'origine indo-européenne : l'épée, qui pénètre et transforme est l'apanage de toute fonction masculine (même si celle-ci est endossée par une femme). Ainsi, la royauté est indissociable du port de l'épée et de son symbolisme (une reine devra porter l'épée en public ou être accompagnée d'un champion qui porte l'épée). Voyez l'article sur la structure de la société celtique pour plus d'information ICI
L'épée est aussi :
- la langue (nous sommes dans une culture orale, à la base)
- la puissance reproductrice masculine dont le fourreau protecteur est le féminin : "vagin" vient du latin "vagina" signifiant étui, fourreau, gaine.
- L'instrument de l'équilibre vie/mort par la guerre et de la transformtion par la mort. Cette notion d'équilibre se muera en notion de justice dans la morale judéo-chrétienne.
Ce concept de l'épée instrument de l'équilibre est d'origine indo-européenne : l'épée, qui pénètre et transforme est l'apanage de toute fonction masculine (même si celle-ci est endossée par une femme). Ainsi, la royauté est indissociable du port de l'épée et de son symbolisme (une reine devra porter l'épée en public ou être accompagnée d'un champion qui porte l'épée). Voyez l'article sur la structure de la société celtique pour plus d'information ICI
Les sépultures celtiques le montrent : l’épée placée parfois le long de la jambe droite, parfois le long de la jambe gauche (la raison échappe encore aux archéologues : port ou non du bouclier ? fonction symbolique ? droitier/gaucher ?) est une constante.
Au combat, elle ne sert qu’en dernier recours, après les javelots et les lances, et pourtant, le guerrier ne se déplace jamais sans elle. L’épée fait partie de l’équipement.
La Dame du Lac qui fournit l’épée à Arthur est en elle-même une preuve de la provenance celtique de la légende et d’Excalibur. Pour les Celtes, les surfaces aqueuses planes n’étaient autres que des « cloisons » entre les mondes, ou les différents plans de réalités qu'on a souvent réduit au "monde des mortels Vs celui des dieux".
On jetait dans les lacs les armes des vaincus, parfois rituellement brisées ou déformées. L’archéologie confirme cette pratique.
On jetait dans les lacs les armes des vaincus, parfois rituellement brisées ou déformées. L’archéologie confirme cette pratique.
Que l'épée toute puissance surgisse de la surface de l'eau de la main d'une déesse réduite en fée n'est pas surprenant pour une histoire celte.
4. Merlin et Taliesin
Les peuplades celtiques, innombrables (voir carte sur le blog), équilibraient leurs relations les unes avec les autres selon un mode de "clientélisme" qui a resurgi un peu altéré dans le monde médiéval avec le rapport suzerain/ vassal.
Une seule chose unissait ces peuples : le filet druidique !
Le binôme roi/druide(s) était crucial au bon fonctionnement d'une société conçue pour éviter toute centralisation du pouvoir. Celui-ci était donc éphémère par nature, fondé sur des vertus plutôt que sur un lignage, et réparti sans hiérarchie.
Le druide représente l'aspect spirituel de toute chose.
Le roi, l'aspect temporel.
Le roi qui, à la fois, incarne la guerre et doit assurer l'abondance, ne peut y parvenir sans les druides à ses côtés.
Le temporel n'est rien sans le spirituel et vice-versa d'une manière cyclique.
On le voit très bien dans les écrits mythologiques irlandais. Mêmes les auteurs antiques latins et grecs le mentionnent.
(Je vous conseille à ce sujet les livre de Christian-J. Gyuonvac’h et de Françoise Leroux, La Civilisation Celtique et Les Druides, éditions Ouest-France)
Chaque roi avait à ses côtés un ou plusieurs druides.
L’institution sacerdotale druidique se divisait en « loges » :
- Sciences corporelles et chirurgie (médecin)
- Divination (devin)
- Lois et rituels (juge sacrificateur)
- Louanges ou malédictions, chants sacrés, généalogie et histoire des grandes familles depuis les origines (Bardes)
En outre, la royauté chez les Celtes n’était pas héréditaire. Les rois et les chefs étaient élus. Les druides intervenaient beaucoup dans le choix du roi. Ils s’occupaient de l’éducation au sein du peuple, leur influence était donc très grande. Le roi en était conscient. On le voit aussi dans les cycles mythologiques irlandais et gallois : lors des banquets, célébrations et cérémonies, le roi devait suivre un protocole strict qui l'empêchait de se mettre en avant.
Cette pratique permet d'éviter toute centralisation du pouvoir : jamais le pouvoir ne repose sur une seule paire d'épaules, et il n'est jamais constant ni héréditaire.Le dominant doit pouvoir être défié et rabaissé.
Les druides entretenaient une culture commune au sein d'une multitude de peuples. Leur ordre, qui incluait hommes et femmes (voir l'article sur le druidisme) n'était pas hiérarchisé. Les druides n'entraient pas en compétition entre eux et il ne se mettaient pas non plus en avant ni au-dessus du peuple.
Voici donc d’où vient Merlin !
A l’origine, il devait y avoir plusieurs druides aux côtés d'Arthur. Quand le récit bardique s’est transformé en légende chrétienne, ces druides se sont résumés en un seul conseiller symbolisant le sacerdoce, un seul druide représentant toutes les loges. Merlin à lui seul remplit toutes les fonctions : il choisit le roi, le forme, le guide, le soigne comme un médecin, le conseille, prédit l’avenir et interprète ses rêves comme un devin, maîtrise les éléments naturels (il connait en profondeur le fonctionnement de la nature et le mouvements des astres), le réprimande ou l'encense comme un barde, etc.
Dans certaines version, la fonction bardique est pas attribuée à Taliesin, le barde d’Arthur, et quoique son pouvoir en soit réduit au chant de louange,à la poésie du ménestrel du Moyen-Âge, il demeure à sa place.
5. La christianisation des légendes celtiques
Pour éviter les amalgames, je préférerais parler de « catholicisation ». En effet, le mot « chrétien » représente une foule de sectes dont certaines sont devenues religions basées sur les enseignements d'un certain, Jésus, que celui-ci fut homme ou icône représentant un groupe d'homme dont les idées divergeaient des dogmes judaïques de l'époque. Déjà une cinquantaine d’années après la mort de Jésus, de nombreux disciples (dont certains n’avaient jamais rencontré le Messie) dirigeaient des « écoles » où l’on dispensait leur version de ce que Jésus aurait dit. Les courants chrétiens étaient d'abord destinés aux hébreux éparpillés tout autour de la méditerranée. Rome craignant que cela ne donne aux communautés juives de l'empire, surtout celles des marchands et usuriers résidant à Rome, des idées révolutionnaire, condamnait donc le christianisme (qui ne l'était pas encore) sur son territoire. La persécution des chrétiens était, en grande partie, une persécution des juifs appartenant à cette nouvelle secte sur le territoire romain.
L'un des courant s'adapta pour satisfaire une foule grandissante d'adeptes citoyens romains (citoyens "gentils", selon l'appellation de la Bible, soit les non-circoncis, non-juifs). Conséquemment, la politique de Rome, à l'égard du christianisme, changea graduellement pour finir par établir une religion sous le contrôle de Rome, gérée par les romains (Saint Paul fut la plus importante influence de ce revirement).
En 180 après Jésus-Christ, on demanda à l’évêque Trémée, de Lugdunum (Lyon) de sélectionner les évangiles et les épîtres qui correspondaient aux courants de pensée de cette institution religieuse grandissante qui, lors de la chute de l’empire politique romain, était prête à s’élever en empire religieux romain, à régner à l'intérieur des même frontières avec la même hiérarchie et à faire perdurer son modèle de société et d'idéologie.
Le monothéisme s'accordant parfaitement sur un modèle de pouvoir centralisé, la transition fut facile...
L'un des courant s'adapta pour satisfaire une foule grandissante d'adeptes citoyens romains (citoyens "gentils", selon l'appellation de la Bible, soit les non-circoncis, non-juifs). Conséquemment, la politique de Rome, à l'égard du christianisme, changea graduellement pour finir par établir une religion sous le contrôle de Rome, gérée par les romains (Saint Paul fut la plus importante influence de ce revirement).
En 180 après Jésus-Christ, on demanda à l’évêque Trémée, de Lugdunum (Lyon) de sélectionner les évangiles et les épîtres qui correspondaient aux courants de pensée de cette institution religieuse grandissante qui, lors de la chute de l’empire politique romain, était prête à s’élever en empire religieux romain, à régner à l'intérieur des même frontières avec la même hiérarchie et à faire perdurer son modèle de société et d'idéologie.
Le monothéisme s'accordant parfaitement sur un modèle de pouvoir centralisé, la transition fut facile...
Mais !
La personnalité celtique n’ayant jamais brillé par sa docilité, comment faire pour la soumettre à ce nouveau pouvoir centralisé ?
(La Pax Romana fut très relative - on peut dire qu'il y eut une paix romaine en Gaule durant le règne des Antonins, au début du IIe siècle. La plupart du temps, elle fut une imposture, un élément de propagande. Vers 265 après J.C., les gaulois se sont même soulevé pour établir leur propre "empire gaulois". Je trouve étonnant que l'on en parle jamais. C'est pourquoi le 3ème tome de l'épopée celte y sera consacré).
La personnalité celtique n’ayant jamais brillé par sa docilité, comment faire pour la soumettre à ce nouveau pouvoir centralisé ?
(La Pax Romana fut très relative - on peut dire qu'il y eut une paix romaine en Gaule durant le règne des Antonins, au début du IIe siècle. La plupart du temps, elle fut une imposture, un élément de propagande. Vers 265 après J.C., les gaulois se sont même soulevé pour établir leur propre "empire gaulois". Je trouve étonnant que l'on en parle jamais. C'est pourquoi le 3ème tome de l'épopée celte y sera consacré).
Les colons et envahisseurs procèdent toujours ainsi : acculturation, appropriation de certaines croyances et rites, « diabolisation » du reste.
Je n’ai pas ici le loisir de développer les correspondances entre des rites, des symboles et des croyances catholiques et celtiques – j’y travaille encore – mais ils sont flagrants pour qui a étudié à la fois la religion chrétienne et la civilisation celtique ! (Voir par exemple l'article sur le Solstice ICI ou sur la légende de Saint-Nicolas ICI)
Cette appropriation fut parfois aisée, comme dans le cas du grand dieu celte LUG, un dieu solaire (cycle mutilation ou affaiblissement/ mort/ résurrection) et dont la mère avait un rapport ambigu avec la virginité (voir article sur Lugh ICI). Les célébrations réservées à la mère de Lug (en août), ont glissés vers le culte de la vierge Marie (assomption).
Ainsi, la plupart des rites catholiques sont basés sur des célébrations celtiques et leurs superpositions gallo-romaines avec, au fur et à mesure des siècles et de la colonisation du monde par le catholicisme, quelques importations germaniques et autres, à l’origine du sapin de Noël ou du Krampus, par exemple.
Par contre, la diabolisation fut souvent douloureuse, surtout pour les femmes. Les femmes celtes et germaniques, plutôt du genre épanoui, avec des droits et devoirs égaux à ceux des hommes et bénéficiant d'une certaine révérence pour leur nature intuitive, se virent bafouées, réduites à porter toute la responsabilité du péché originel, soumises, dégradées et écartée de toute éducation. L'oppression du féminin n'est pas une exclusivité religieuse, mais elle a toujours été mise en place pour asservir et contrôler les masses. De plus, il m'apparaît clairement que les civilisations qui oppriment la femme, oppriment la Nature d'une manière similaire.
Sur l'égalité des sexes et la compréhension des qualités et spécificités des genres, les Celtes avaient de quoi nous donner des leçons...
Il est fort probable que la diabolisation de l'homosexualité (déjà présente dans les épîtres de Saint Paul) visait au moins en partie à dissoudre les compagnies de guerriers celtes (Galates ou Gaulois).
L'assimilation à la religion chrétienne fut parfois violente, comme durant l’inquisition, où tout ce qui avait un air païen (celtique, romain, grec ou germanique) se voyait associé au Diable (le bouc/le bélier, chez les Celtes, était un symbole d'abondance lié à la royauté).
Mais revenons à nos moutons : il est donc logique que certains se soient acharnés à imposer un air chrétien (catholique) aux légendes païennes populaires qui avaient la vie dure et qui incitaient à des actions héroïques et des envies d'indépendance. On imagine aisément que ramener ces croyances dans un cadre religieux qui prône la culpabilité, la soumission, la chasteté, la peur de l’enfer et du diable, et nombre de valeurs inversées, permet de mieux dominer le peuple !
La stricte régularisation des arts par l’Eglise, de la musique entre autre, avait le même but.
On sait, par exemple, qu'Henri III de la dynastie Plantagenêt, dont le pouvoir s'était accru grâce à l'Eglise, ordonna la christianisation des sagas bardiques retranscrites entre 400 et 800 de notre ère dont la légende arthurienne était issue. Il s'agissait de donner un air chrétien à la période sombre des origines de son royaume.
Même si la légende d’Arthur garde des aspects « amour libre » typique des relations amoureuses des celtes insulaires, elle prône des valeurs chrétiennes… certaines ne sont pas si éloignées des idéaux celtes, d’autres en sont l’opposé.
6. De fait réel à légende…
Comme je l’ai expliqué plus haut, les Celtes pratiquaient le culte de l’héroïsme. C’était le rôle du barde de mettre en vers et de préserver dans les mémoires les hauts faits d’armes, les expéditions extraordinaires, les histoires formidables que rapportaient les compagnies de guerriers mercenaires(3.) à leur retour, etc.
Sur le continent, ces chants et ces longs poèmes ont été très tôt altérés, voire interdits, car les bardes ont été les premiers à souffrir de l’édit de l’empereur Claude, repris ensuite par Néron, qui ordonnait l'éradication par la mise à mort des druides.
La raison était simple : inutile de nourrir une Gaule déjà turbulente du souvenir des faits héroïques des générations précédentes, encore moins de lui rappeler ses origines indépendantes.
A mort donc, les bardes !
Cachés dans les forêts, devenus mendiants, errant, sans élèves pour transmettre des connaissances qui s’altéraient de génération en génération, faute de contexte adéquat et d’utilité – les bardes ont été réduits à faire passer pour un art secondaire un moyen sacré de transmettre les connaissances primordiales. Les poètes et les ménestrels itinérants du Moyen-âge étaient-ils seulement conscients du patrimoine déchu qu’ils représentaient ?
En (Grande) Bretagne l’acculturation romaine a eu moins d’impact. La tradition bardique a mieux perduré.
En Irlande, elle existait encore lorsque Saint Patrick y évangélisait.
Qui était donc ce roi celte, ou ce symbole iconique, dont les actes ou la puissance étaient tels que les bardes les ont transmis durant des siècles, au point qu’il a fallu la « catholiciser », la « déceltiser », pour être enfin tranquille ?
Le saura-t-on jamais ?
Plusieurs théories existent. Qu’il fut un seigneur engagé dans l’armée romaine, même gradé, à l’époque du mur d’Hadrien est plutôt étonnant. Non, il doit être plus ancien. Chaque détail d’aspect celtique rappelle une époque de glorieuse et héroïque indépendance, la culture celtique dans sa plénitude.
D'ailleurs, et j'aurais sans doute dû commencer par là, le nom "Arthur" vient du gaulois(4.) "artos", qui signifie "ours", animal que l'on voit aujourd'hui plutôt comme placide et solitaire mais qui, à l'époque, symbolisait l'aspect combatif, la force et la territorialité saisonnière chère aux "chefferies" des Celtes.
Quand on sait que les peuples gaulois belges se sont expansés vers les îles de la Manche, rien d'étonnant à ce que le nom d'Arthur trouve son origine dans cette culture.
Quand on sait que les peuples gaulois belges se sont expansés vers les îles de la Manche, rien d'étonnant à ce que le nom d'Arthur trouve son origine dans cette culture.
A moins que cette histoire soit d’origine bardique, tout simplement, au même titre que les cycles mythiques irlandais et gallois. Le rôle du barde, après tout, n’était-il pas d’inspirer l’héroïsme, la loyauté, le courage, et l’exploration hors des limites géographiques, physiques et spirituelles ? De transposer sous forme lyriques les principes, connaissances et concepts de manière à les transmettre en les réduisant le moins possible toutefois (le lyrisme était extrêmement complexe et vertigineux, d'un genre que nous ne pouvons plus appréhender ni reproduire, comme l'illustrent les Veda, par exemple)
La quête du Graal, de l’immortalité, résonne d’une soif d’exister pleinement, d’un écho de divinité, qui animait les Celtes.
C’est pour cela qu’elle fascine encore aujourd’hui.
Une divinité pourtant très très loin de la nôtre : le divin n'est pas un état final supérieur selon une vision verticale mais une succession d'états, selon le cycle de réincarnation, incluant une notion proche du Dharma, Karma et Moksha : une vision de réalisation - de plénitude - de soi, le divin est d'atteindre une révolution plus large de la spirale.
Mais aussi, la quête du Graal, dans son historique, démontre les propagandes des gouvernants politiques et religieux, qui ont usé et abusé de la culture pour modeler la pensée du peuple selon leurs convenance. De même, la légende arthurienne illustre, dans son altération, les dominations injustes successives, l’oppression des peuples par les puissances politico-religieuses.
Elle exprime toutefois, en résurgences discrètes, une spiritualité qui se veut libérée des principes dogmatiques, réducteurs, étroits et radicaux.
Elle appelle à l’humilité de part les pertes qu’ont infligé les siècles aux connaissances précieuses de nos prédécesseurs.
Il y a beaucoup à apprendre dans la recherche de l’authenticité de la légende du roi Arthur.
* * * * * *
(1.) Les Celtes voyaient leur univers en trois mondes, à la fois distincts et intriqués en un cycle similaire au Samsara. 1. Le Monde du centre (devenu monde d'en-bas sous l'influence de la vision verticale chrétienne, assimilé à l'enfer), demeure des démons (êtres non incarnés ou désincarnés, forces opposées), chaudron bouillonnant d’où tout homme était issu et où il retournerait après la mort à mort afin de recommencer le cycle, à moins qu’une vie digne, des actes héroïques, ne l’élèvent vers la divinité (ascension). 2. Le Monde intermédiaire, celui de l’expérience mortelle. 3. Le Monde extérieur, ou l’Autre Monde (assimilé au monde d'en-haut sous l'influence de la vision verticale chrétienne, assimilé au paradis), celui des "dieux", des lois naturelles et cosmiques que l'on transcende en atteignant la révolution élargie de l'ascension infinie en spirale.
Les Celtes croyaient en une fin du monde du milieu, lorsque l’équilibre entre les éléments serait rompu ou figé. « L’Arbre de Vie », très présent dans leur mythologie, préservait l’équilibre en contenant les trois mondes( l'arbre est l'illustration idéale du Cycle). Dans la vision verticale chrétienne, l'arbre soutenait la voûte céleste, l’empêchant de s’écrouler de tout engloutir (d’où l’expression « Les gaulois n’ont peur que d’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête), et ancrait de ses racines le Monde d’en Bas, l’empêchant de se retourner et de tout consumer. Cependant, pour les Celtes, la destruction s’associait à la renaissance selon le cycle éternel de l’univers, et le monde serait recréé, l’Arbre de Vie régénéré.
(3.) Dès le 7è siècle avant Jésus-Christ au moins, la réputation des guerriers celtes, surtout des cavaliers, avait fait le tour de la méditerranée. De migration en mercenariat, ils étaient reconnus de la Perse à l'Egypte.
(4.) Les Gaulois sont des Celtes. Ce sont les Romains qui ont ainsi nommé les Celtes, comme les Grecs les appelaient Galates. La langue gauloise (et ses légères variantes d'une région à l'autre) était parlée autant sur le continent que sur les îles de la Manche, vu que la Bretagne d'alors foisonnait de celtes continentaux. Par exemple, on sait grâce aux monnaies retrouvées par les archéologues, que les Atrébates avaient une communauté dans le sud de la Bretagne.
Mentionner une origine gauloise au nom d'Arthur, associé pourtant à l'Angleterre, n'est donc pas surprenant.
Bibliographie :
Philippe Walter (2003), Mythologie chrétienne, éditions Imago
Collaboration d'auteurs (2007), Aux origines de la Bible, éditions Bayard
Luc Maury, (2008), Enquête sur le Graal, éditions Trajectoire
Jean Solers (2014), L'invention du Monothéisme, édition De Fallois
New Larousse encyclopedia of Mythology, Hamlin
Mirandy Jane Green (1995), Mythes celtiques, Seuil - Points
Gerard Murphy (1955), Ossianic Lore and Romantic Tales of Medieval Ireland, Com O Lochlainn, Dublin
Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h (1988), Les Druides, éditons Ouest-France

3 commentaires:
Texte passionnant !
Bonjour Madame,
Je m'appelle Lina, je ne suis pas sûre que vous vous souveniez de moi, mais je faisais partie du groupe d'étudiants qui vous avaient posé ces questions et que vous aviez aidé.
Je travaille (une nouvelle fois encore mais dans le cadre de mes études supérieurs cette fois-ci) sur les mythes celtiques et le roi Arthur. Et j'ai revisité votre blog et vu cet article. Je voulais donc juste à laisser un petit mot.
Bref, je tenais une nouvelle fois à vous remercier pour votre aide qui nous avait été très utile et vous remercier pour votre travail.
(J'avais aussi une question : Je vous avais envoyé un e-mail avec nos notes, et les différentes photos finales de notre projet après qu'on nous les ai rendus, seulement, je n'ai reçu aucune réponse. Les aviez-vous bien reçus ?).
Bien à vous,
Lina.
Bonjour,
Permettez quelques mots sur la Chevalerie, la Table Ronde et le Graal. Merci.
ORIGINE DE LA CHEVALERIE
Tous les excès amènent des réactions. A côté des révoltés, nous allons trouver les soumis ; à côté des infidèles, les fidèles.
Il existait des associations militantes, déjà connues des Latins, qui combattaient encore au Moyen Age, sous les noms de Chevaliers Teutoniques, Rose-Croix, Porte-Glaives, Livoniens.
Rappelons rapidement les bases de l'ancien régime : Le régime social actuel est un dérivé lointain et une altération monstrueuse de l'ancien régime gynécocratique, qui donnait à la Femme, la direction spirituelle et morale de la Société.
Une Déesse-Mère régnait sur une petite tribu, qui, agrandie, devint une province, à laquelle souvent elle donnait son nom.
La Déesse Arduina donna son nom aux Ardennes.
Avant la conquête romaine, les Gaulois comptaient 22 Nations ou Matries, les Gallo-Kymris 17, les Belges 23.
C'est pour cela que les Nations (lieux où l'on est né) sont toujours représentées par une figure de femme.
La Déesse-Mère était la Providence (de providere, celle qui pourvoit) de ceux qui étaient groupés autour d'elle. Elle les instruisait, elle les pacifiait ; car c'est elle qui rendait la Justice.
Les hommes n'entreprenaient rien sans la consulter. Ils étaient ses fidèles et dévoués serviteurs. Ils étaient Féals, mot qui vient de Faée (fée) et a fait féodal (qui appartient à un fief).
Le Fief (domaine noble) donnait à la Dame des droits féodaux auxquels les Seigneurs participaient, sous condition de foi et hommage.
Les Seigneurs étaient rangés sous sa loi, qu'ils ne discutaient pas.
Ils étaient des hommes-liges, ce qui voulait dire légaux. On les disait légals et féals, c'est-à-dire loyaux et fidèles.
...
Je me permets également de vous transmettre l'adresse de l'article de mon blog dans lequel vous pourrait poursuivre le récit, si toutefois votre précieux vous l'accorde.
Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/la-chevalerie-et-le-graal.html
Cordialement.
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