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De très nombreuses traditions se bousculent au portique du solstice d'hiver.
Retournons dans le temps à la recherche de leur signification et objectif chez les Celtes.
Pour rappel : les Celtes, peuple cavalier et semi-nomade d'origine indo-européenne, sont venus s'installer en Europe par vagues successives depuis l'âge du bronze jusqu'à recouvrir un immense territoire, de l'Espagne à l'Ukraine en passant par les îles de la Manche. Plusieurs articles sur ce même blog vous fourniront les informations nécessaires à ce sujet.
Étant donné que ces terres étaient peuplées depuis la préhistoire, les "tribus" nomades de cavaliers indo-européens se sont intégrées dans le paysage et ont collaboré avec les indigènes.
Les deux cultures ont fusionné pour accoucher de ce que nous appelons aujourd'hui la civilisation celtique.
Conséquemment, lorsque je parle des célébrations, symbolisme et signification du solstice d'hiver chez les Celtes, cela implique les résurgences des pratiques et connaissances des peuplades indigènes qui sont, après tout, celles qui ont érigé les "pierres debout", menhirs et autres dolmens. Elles étaient donc loin d'être ignares et incultes...
Il ne faut pas non plus oublier la diversité des peuples celtes au sein d'une même culture. Les traditions et mythes servant à transmettre les connaissances vulgarisées sous forme d'allégories, conformément à la tradition orale, variaient donc dans leur imagerie et leurs noms pour un même thème et au cours des siècles.
Un enfant nommé Hiver
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| ["The mitten", by author and illustrator Jan Brett] |
Les Celtes, ainsi que les peuples qui les précédaient en Europe, vivaient et pensaient en symbiose avec les cycles naturels : solstices et équinoxes donnaient lieu à des célébrations populaires tandis que les périodes intermédiaires, à des célébrations sacerdotales.
(Voyez le calendrier celtique ICI)
Ainsi, à partir de Samain, on entrait progressivement dans une période lunaire qui impliquait le repli sur soi et en soi. Agriculteurs, artisans, guerriers, hommes et femmes, tous étaient au repos. Cette période symbolisait une forme de dormance, en quelque sorte, à l'instar des graines emprisonnées dans le sol gelé.
Au solstice on passait un cap : de la dormance, on se préparait à la germination, soit à une période d'initiation comme l'indiquait la fête de janvier où l'on réinvitait la lumière, puis Imbolc, en février, une célébration sacerdotale où Bélisama déclinait alors que Cernunnos était à son apogée, pour finalement "sortir de terre" et de soi-même, de l'initiation vers l'action. Venait ensuite l'équinoxe du printemps, soit la montée de la sève et la floraison sous l'égide de Belenos.
Et ainsi de suite.
Mais au solstice, lorsque la nuit est la plus longue, là où l'on se languit toujours, où l'énergie et la lumière sont les plus basses, on en était encore à vivre le froid et l'obscurité, l’engourdissement et l'introspection.
L'inventaire du mitant de l'hiver
À l'approche du solstice, on se mettait à compter les réserves ! On en n'était qu'à la moitié de la saison froide et lunaire. On faisait l'inventaire du contenu des granges et des greniers sur pilotis, qui avaient été célébrés à l'équinoxe d'automne. Cela faisait l'objet d'un processus, d'actions de grâce quotidiennes et de gestes rituels précis, une forme de calendrier de l'avent précurseur.
Car, que les récoltes aient été abondantes ou maigres, au mitant de la saison sombre, les enfants en bénéficieraient le plus et sans condition à partir du solstice.
Ce rituel de l'inventaire expliquerait l'écart selon les régions entre la fête de Saint Nicolas (6 décembre) et celle du Père Noel (24 décembre), étant pourtant issues d'un seul mythe. En effet, de la même manière que la fête de Lug a glissé, en se transformant en assomption, du début du carême à la fin de celui-ci (du 1er au 15 août), l'avènement du bon vieux père ou saint s'incrusta au début ou à la fin de l'inventaire saisonnier autour duquel les enfants étaient mis à l'honneur.
(Voir l'article sur la légende de Saint Nicolas ICI)
Les enfants mis à l'honneur
Le creuset de l'hiver, ou son berceau, était représenté par l'enfance à cause de cette question de réserves dont la seconde moitié serait au bénéfice des enfants, mais aussi à cause de l'innocence (dans le sens vierge d'expérience, neuf, dénué de responsabilité) que signifiait, à ce stade, la période hivernale.
Chaque cycle annuel ramenait à cette étape embryonnaire d'où l'on redémarrait renouvelé : un nouveau né que les Matres devraient amener sain et sauf à Cernunnos sous la protection du vieux père du temps, Taranis, dont la roue tourne sans relâche.
Ce n’est pas pour rien que l’Église catholique a fait naître Jésus un 25 décembre ! Le "petit Jésus", comme l'appelait encore ma grand-mère...
Trois nuits de célébration
Pratiquement toutes les célébrations celtiques duraient trois jours/nuits.
Pour s’imaginer à quoi ressemblaient la célébration populaire du solstice, on peut extrapoler à partir des traditions folkloriques à travers l’Europe, aussi loin que l’on peut remonter :
- la décoration de l'arbre épineux qui demeure vert toute l’année, véritable sapin du solstice
- l’évaluation des stocks de nourriture dont nous avons déjà parlé, sous forme de décompte, et les rituels ou actions associées destinées à célébrer la survie de la communauté à l'hiver
- Le banquet convivial qui s'ensuivait, selon les stocks, qui impliquait certainement des mets dont la préparation et les ingrédients servaient à symboliser ou représenter les particularités de la célébration et de la saison.
- les enfants mis à l’honneur car ils étaient les plus fragiles, les plus susceptibles de mourir de froid et de souffrir de la faim, et qu’ils contenaient les espoirs de la communauté
- L'énorme bûche à brûler dans l'âtre, un tronc ou une souche, destinée à fournir lumière et chaleur durant les trois jours que durait la célébration
- Une profusion de lumière pour compenser l'absence solaire : lampes à graisse ou à huile, bougies, flambeaux, feux...
- une ou plusieurs mises en scène mythique, personnification anthropomorphique et narrative des particularités de la célébrations et de la saison, racontées avec musique et costumes : un nouveau né ou un enfant, une grange ou un grenier à grain, Bélisama ou les Matres, Taranis, les réserves, la lumière, et un bestiaire fantastique symbolique associé...
Une crèche vivante avant l'heure !
Le Krampus

Justement parmi les costumes représentant les créatures du solstice d’hiver, voici le Krampus, croque mitaine à tête et pieds de bouc du Moyen-Âge, ou le père fouettard de l’ère industrielle après bien d’autres influences (voir à ce sujet l’article sur la légende de Saint Nicolas ICI).
Petit détour par la Bavière et l'Autriche, et sans doute une bonne partie de l'est de l'Europe, Tyrol, Hongrie, Pologne, Croatie... Il s'agit de nos jours d'un festival d'allure folklorique que nombre de régions tentent de remettre au goût du jour.
KRAMPUS vient de KRAMPE qui signifie "griffe", en ancien allemand, et qui trouve son origine dans la même racine linguistique (germanisme, Kramp) que "grippe","griffe" et "grappin", "harpon", "Harpie" et "crampon".
Je ne différencie pas les germains des gaulois. Ils étaient tous Celtes avant que César n'en décident autrement. Je considère la diversité des peuples celtes autonomes dans une même culture. Par le biais des traditions anciennes germaniques, où l'acculturation latine a moins sévi, nous pouvons rejoindre les Celtes en général.
L'origine du Krampus est définitivement pré-romaine (politique et chrétienne). Ces monstres arborent les couleurs et l'apparence de l'hiver, et ils en ont les griffes !
À la fois humain, ours et cervidé ou caprin, le Krampus sortait du "monde d'en dessous" pour représenter le cœur de l'hiver et secouer les vivants. Il représentait la peur d'un hiver qui n'en finirait pas et, ainsi, il provoquait le sursaut nécessaire à la survie !
La tête de bouc ou de bélier faisait partie intégrante du costume, je l’imagine. Simplement parce que le bouc était un animal très commun. Chaque famille possédait un troupeau, même modeste, de moutons (à cornes, à l’époque) ou de chèvres, et au moins un bélier ou un bouc. Et qu'un crâne de bouc fait un excellent déguisement !
Mais aussi parce que le bouc ou le bélier symbolisait l’abondance (terme signifiant le nécessaire en continu en toute autonomie, et non le surplus).
Le bouc fut diabolisé par le christianisme (j’ai envie de dire : sans doute pour aider à ce que les populations acceptent la pauvreté et l’exploitation quand la notion d’abondance fut associée à des pêchés comme l’avarice ou la gourmandise. Après tout, ces vices sont réservée aux élites. Inciter à la gratitude dans la pauvreté plutôt que réclamer le droit à l’abondance et l'autonomie pour tous est commun de la part d'autorités coloniales et religieuses à travers l'histoire. Mais cela nous emmène loin du sujet).
Il est fort possible que, dans la mise en scène des célébrations celtiques du solstice, le Krampus ait tourmenté l'enfant qui personnifiait le solstice, de chercher à le capturer et à l’emprisonner pour l’empêcher d’évoluer en printemps.
Et puis, l’enfant-hiver serait libéré par un autre personnage, le vieux Taranis, un druide, un barde... Un vieil homme à barbe blanche ?
Qui viendrait libérer la terre de l’hiver et l’enfant de la disette ?
On imaginerait même qu'une expression telle que "Ne laisse pas le Krampus te dévorer" ou "... dévorer ton enfant (intérieur, ta joie)" soit utilisée lorsqu'une personne montrait des signes de déprime saisonnière.
Un millénaire plus tard, cette phrase fut détournée et servie aux enfants turbulents.
La tête de bouc ou de bélier faisait partie intégrante du costume, je l’imagine. Simplement parce que le bouc était un animal très commun. Chaque famille possédait un troupeau, même modeste, de moutons (à cornes, à l’époque) ou de chèvres, et au moins un bélier ou un bouc. Et qu'un crâne de bouc fait un excellent déguisement !
Mais aussi parce que le bouc ou le bélier symbolisait l’abondance (terme signifiant le nécessaire en continu en toute autonomie, et non le surplus).
Le bouc fut diabolisé par le christianisme (j’ai envie de dire : sans doute pour aider à ce que les populations acceptent la pauvreté et l’exploitation quand la notion d’abondance fut associée à des pêchés comme l’avarice ou la gourmandise. Après tout, ces vices sont réservée aux élites. Inciter à la gratitude dans la pauvreté plutôt que réclamer le droit à l’abondance et l'autonomie pour tous est commun de la part d'autorités coloniales et religieuses à travers l'histoire. Mais cela nous emmène loin du sujet).
Il est fort possible que, dans la mise en scène des célébrations celtiques du solstice, le Krampus ait tourmenté l'enfant qui personnifiait le solstice, de chercher à le capturer et à l’emprisonner pour l’empêcher d’évoluer en printemps.
Et puis, l’enfant-hiver serait libéré par un autre personnage, le vieux Taranis, un druide, un barde... Un vieil homme à barbe blanche ?
Qui viendrait libérer la terre de l’hiver et l’enfant de la disette ?
On imaginerait même qu'une expression telle que "Ne laisse pas le Krampus te dévorer" ou "... dévorer ton enfant (intérieur, ta joie)" soit utilisée lorsqu'une personne montrait des signes de déprime saisonnière.
Un millénaire plus tard, cette phrase fut détournée et servie aux enfants turbulents.
Le Krampus sortait du sol gelé avec des brindilles de bois mort (et là, l’essence de l’arbre avait dû avoir son importance) afin de démontrer que la vie y résidait encore, quoique brune, grise et noire, et velue pour avoir chaud, tel un ours qui aurait été dérangé en pleine hibernation, en faisait beaucoup de bruit pour contrer le silence hivernal. Le Krampus bondit et agite les grelots (à l'origine en bois) et des instruments à percussion. Ainsi, peut-être fera-t-il rire l'enfant aux éclat, ce qui motivera la nature à se réveiller de sa mort et à reprendre le cycle.
C'est beaucoup plus tard, avec la morale chrétienne et la notion de mal, de diable et de péché, que le Kampus à corne de bouc devint un démon armé de branches de saule ou de bouleau, qui terrorise et punit les enfants désobéissants. La peur que l’hiver se prolonge au-delà des réserve fut transformée en peur de la désobéissance !
Et la figure de l’autorité devenu patriarcale, s’ornant de la barbe blanche et fleurie des grands et sages rois, demeure sainte.
Le sale boulot de punir les méchants est reléguée au démon...


Les diverses célébrations précédant et suivant le solstice ont été réattribuées selon les saints (dont nombres sont une transposition directe des dieux celtes préalablement réduits par le syncrétisme gallo-romain et la superstition subséquente) et le calendrier catholique : le Krampus devint l’acolyte de Saint Nicolas, le petit Jésus prit la place de l’enfant-hiver dans le creuset ou le berceau sur lequel veillait Bélisama et les Matres.
On peut calquer le calendrier celtique, son cycle saisonnier, son symbolisme (détourné) et ses célébrations sur le calendrier liturgique catholique. Ce sera l’objet d’un autre article, un jour prochain. C'est un travail d'ampleur !
Quoi qu’il en soit, au lieu d'illustrer les implacables cycles naturels dans lesquels s'inscrit l'humain et rendre vie et énergie à celui-ci, les versions ultérieures du Krampus collaborent à l’établissement de l’autorité et du pouvoir en place. Il trouve sa place dans des traditions dès lors basées sur de la superstition au lieu de la signification essentielle des saisons au sein desquelles l'humain imbriquait ses activités.
Le Krampus a été récupéré par certaines idéologies déplorables, du genre des néo-nazis, qui ont la détestable manie de s'approprier les cultures païennes, mais il a aussi et heureusement inspiré nombre d'artistes de tous poils, si j'ose dire. Les Krampus apparaissent dans des séries (comme la série GRIMM, sur Netflix), des films (dont celui du même nom, en 2015) et jeux vidéo.
Le Krampus a évidemment nourri la littérature fantasy, comme toutes les mythologies pré-chrétiennes.
Le chanteur Woodkid utilise les Krampus dans son clip "Run, boy ! Run !" en inversant la tendance du père fouettard : les Krampus sortent de terre et viennent soutenir l'enfant dans la réalisation de lui-même, ce qui me semble plus proche de l’intention originale.
Sortir des versions diabolisées du folklore païen
La mentalité colonialiste et impérialiste, politique ou religieuse, et son mépris de la diversité, de l'intuitif, du féminin et de l'enfance, subsistent dans les versions des traditions folkloriques altérées et réécrites par les conquérants et dominants, adoptées par un peuple superstitieux et soumis à cette mentalité.
Ensuite, le consumérisme a achevé de faire de Noël un moment superficiel d'échanges de cadeaux, emballages colorés, décorations éblouissantes, chants et clochettes... Demeure malgré tout dans cette "magie" artificielle une certaine joie, l'impression confuse d'un moment spécial qui nous vient de très très loin sous ses maints déguisements. Je n'y suis pas insensible. J'écoute aussi les crooners en décorant ma maison pour le plus grand plaisir des enfants et des chats ^^
Mais alors que reviennent au goût du jour les traditions folkloriques régionales, et je salue ces initiatives, il me semble important de les libérer des stigmas de la colonisation (ou de la conversion), d'informer sur ce qui fut altéré, sur le pourquoi et le comment, de rechercher ce qui pût être en rapport avec les cycles naturels que l’homme comprenait, il y a bien longtemps.
D'aillleurs, si vous faites une recherche internet sur le Krampus, vous ne trouverez probablement que la version monstrueuse du croque-mitaine. Fera-t-on mention de l'enfant-hiver que le Krampus voulait retenir, avec tout le symbolisme naturel et humain que cela impliquait ? De l'enfance, la période initiatrice, qu'il voulait contenir et empêcher de s'épanouir en réalisation ?
Non. On vous dira qu'il était là pour punir les enfants méchants et inciter les autres à demeurer obéissants.
En réalité, dans la civilisation occidentale, l'enfance, au propre comme au figuré, est bel et bien contenue dans l'obéissance, la période d'initiation est méprisée et toute "germination", ou réalisation, retenue.
C'est le Krampus qui a gagné. Nous sommes dans un hiver prolongé et déguisé. Et quand le patriarche a pris la place du vieux père Tanranis censé aider à la transition, il a tout inversé et cadenassé.
C'est beaucoup plus tard, avec la morale chrétienne et la notion de mal, de diable et de péché, que le Kampus à corne de bouc devint un démon armé de branches de saule ou de bouleau, qui terrorise et punit les enfants désobéissants. La peur que l’hiver se prolonge au-delà des réserve fut transformée en peur de la désobéissance !
Et la figure de l’autorité devenu patriarcale, s’ornant de la barbe blanche et fleurie des grands et sages rois, demeure sainte.
Le sale boulot de punir les méchants est reléguée au démon...


Les diverses célébrations précédant et suivant le solstice ont été réattribuées selon les saints (dont nombres sont une transposition directe des dieux celtes préalablement réduits par le syncrétisme gallo-romain et la superstition subséquente) et le calendrier catholique : le Krampus devint l’acolyte de Saint Nicolas, le petit Jésus prit la place de l’enfant-hiver dans le creuset ou le berceau sur lequel veillait Bélisama et les Matres.
On peut calquer le calendrier celtique, son cycle saisonnier, son symbolisme (détourné) et ses célébrations sur le calendrier liturgique catholique. Ce sera l’objet d’un autre article, un jour prochain. C'est un travail d'ampleur !
Quoi qu’il en soit, au lieu d'illustrer les implacables cycles naturels dans lesquels s'inscrit l'humain et rendre vie et énergie à celui-ci, les versions ultérieures du Krampus collaborent à l’établissement de l’autorité et du pouvoir en place. Il trouve sa place dans des traditions dès lors basées sur de la superstition au lieu de la signification essentielle des saisons au sein desquelles l'humain imbriquait ses activités.
Le Krampus a été récupéré par certaines idéologies déplorables, du genre des néo-nazis, qui ont la détestable manie de s'approprier les cultures païennes, mais il a aussi et heureusement inspiré nombre d'artistes de tous poils, si j'ose dire. Les Krampus apparaissent dans des séries (comme la série GRIMM, sur Netflix), des films (dont celui du même nom, en 2015) et jeux vidéo.
Le Krampus a évidemment nourri la littérature fantasy, comme toutes les mythologies pré-chrétiennes.
Le chanteur Woodkid utilise les Krampus dans son clip "Run, boy ! Run !" en inversant la tendance du père fouettard : les Krampus sortent de terre et viennent soutenir l'enfant dans la réalisation de lui-même, ce qui me semble plus proche de l’intention originale.
Sortir des versions diabolisées du folklore païen
La mentalité colonialiste et impérialiste, politique ou religieuse, et son mépris de la diversité, de l'intuitif, du féminin et de l'enfance, subsistent dans les versions des traditions folkloriques altérées et réécrites par les conquérants et dominants, adoptées par un peuple superstitieux et soumis à cette mentalité.
Ensuite, le consumérisme a achevé de faire de Noël un moment superficiel d'échanges de cadeaux, emballages colorés, décorations éblouissantes, chants et clochettes... Demeure malgré tout dans cette "magie" artificielle une certaine joie, l'impression confuse d'un moment spécial qui nous vient de très très loin sous ses maints déguisements. Je n'y suis pas insensible. J'écoute aussi les crooners en décorant ma maison pour le plus grand plaisir des enfants et des chats ^^
Mais alors que reviennent au goût du jour les traditions folkloriques régionales, et je salue ces initiatives, il me semble important de les libérer des stigmas de la colonisation (ou de la conversion), d'informer sur ce qui fut altéré, sur le pourquoi et le comment, de rechercher ce qui pût être en rapport avec les cycles naturels que l’homme comprenait, il y a bien longtemps.
D'aillleurs, si vous faites une recherche internet sur le Krampus, vous ne trouverez probablement que la version monstrueuse du croque-mitaine. Fera-t-on mention de l'enfant-hiver que le Krampus voulait retenir, avec tout le symbolisme naturel et humain que cela impliquait ? De l'enfance, la période initiatrice, qu'il voulait contenir et empêcher de s'épanouir en réalisation ?
Non. On vous dira qu'il était là pour punir les enfants méchants et inciter les autres à demeurer obéissants.
En réalité, dans la civilisation occidentale, l'enfance, au propre comme au figuré, est bel et bien contenue dans l'obéissance, la période d'initiation est méprisée et toute "germination", ou réalisation, retenue.
C'est le Krampus qui a gagné. Nous sommes dans un hiver prolongé et déguisé. Et quand le patriarche a pris la place du vieux père Tanranis censé aider à la transition, il a tout inversé et cadenassé.
La plupart des interprétations des anciens mythes que l'on trouve sont ainsi imprégnées de la vision occidentale, judéo-chrétienne, industrielle, et de la mentalité du colon pour lequel les cultures pré-chrétiennes, moins cérébrales ou scientifiques, qui sont intuitives, orales, sont forcément infantiles, barbares, brutales, cruelles, incultes, voire démoniaques... C'est plus fort que nous, c'est à présent inscrit dans notre pensée.
Oh, comme nous avons peur que les sociétés païennes anciennes aient été plus lumineuses, plus intelligentes et plus efficaces que la nôtre ! Nous devons donc projeter sur elles brutalité et obscurité.
Il nous faudra remonter plus loin que la pensée pour prendre conscience de cet automatisme et le dépasser.
Y revenir, oui, mais alors sans en faire un marché, un commerce ou un pansement, une identité ou une religion. Y revenir de manière sincère, simple, individuelle, intimiste.
Y revenir en interrogeant simplement notre intuition et notre conscience, car c'est là que nous nous rejoindrons naturellement.
C'est là que l'intelligence des anciens à commencé.
Oh, comme nous avons peur que les sociétés païennes anciennes aient été plus lumineuses, plus intelligentes et plus efficaces que la nôtre ! Nous devons donc projeter sur elles brutalité et obscurité.
Il nous faudra remonter plus loin que la pensée pour prendre conscience de cet automatisme et le dépasser.
Vous savez, plus j'examine le passé, au-delà de l'histoire, plus je réalise que les barbares, les incultes, les brutes, les païens... c'est nous !
Nous sommes tellement pédants du haut de nos sciences et technologies, ou du haut de notre religions, du haut de nos valeurs, mais quand on examine les plus anciens textes Veda, par exemple, les plus anciennes transcriptions en Sanskrit de la culture indo-européenne de l'âge du Bronze incluant le patrimoine culturel qui l'a précédée, et qu'on constate l'incroyable contenu en termes de savoirs et de compréhension de la vie, de ce que nous avons divisé en écologie, sociologie, philosophie, psychologie, politique et médecine, et la complexité linguistique de la forme (du contenant) au point que la grande majorité d'entre nous serait incapable de les lire et de les comprendre, il y a de quoi réellement se poser des question sur "l'avancée" de notre civilisation et sur l'artificialisation des traditions.
Revenir aux notions païennes (1), ce n'est pas rétrograder (d'ailleurs, d'où vient cette autre crainte d'un retour en arrière ? tout apprentissage se déroule en trois pas en avant, deux pas en arrière, de toute façon ^^), mais c'est revenir à la maison après une longue errance. Revenir au foyer, à la terre, à la nature, à la compréhension de notre environnement comme de notre propre nature, car les deux sont liés. Et ce n'est pas simple, car nous avons perdu une bonne partie de notre intelligence et de nos capacités physiques et spirituelles après avoir été domestiqués par la religion, l'État et le "progrès" technologique.
Y revenir, oui, mais alors sans en faire un marché, un commerce ou un pansement, une identité ou une religion. Y revenir de manière sincère, simple, individuelle, intimiste.
Y revenir en interrogeant simplement notre intuition et notre conscience, car c'est là que nous nous rejoindrons naturellement.
C'est là que l'intelligence des anciens à commencé.
Et alors, peut-être qu'une fois libérés du conditionnement que ces versions artificielles des traditions nous infligent à notre insu, nous pourrons aussi nous libérer des tyrans au lieu de travailler pour eux, de voter pour eux, de dépendre d'eux, de leur déléguer tout pouvoir sur nos vies...
Pourra-t-on alors enfin parler d'évolution de la société humaine au lieu de révolutions stériles ?
Quant au solstice...
Rappelons-nous simplement que les cycles de la Nature sont inscrits dans notre propre nature et que les fonctionnements de l'univers sont les seuls qui peuvent être universels sans nuire à la diversité.
Rappelons-nous simplement que les cycles de la Nature sont inscrits dans notre propre nature et que les fonctionnements de l'univers sont les seuls qui peuvent être universels sans nuire à la diversité.
Au solstice d’hiver, il n’y a ni monstre ni sauveur, ni superstition ni terreur, rien de bon ou de méchant, mais simplement un enfant innocent qui sommeille et la dure réalité de l'hiver. C'est la vie en gestation dans la terre.
Cette période d'incubation est cruciale.
Prenons soin de cet enfant intérieur.
Il veut y survivre malgré la noirceur du dehors et les griffes du froid. C'est pourquoi le foyer doit être chaud et doux.
Le désir de cet enfant est de se réaliser pleinement, dans la lumière revenue.
Il s'y prépare.
Il y parviendra au prochain printemps.
FLB
Bibliographie :
FLB
Bibliographie :
Robert Graves (1979), Les Mythes Celtes, Editions du Rocher
Philippe Walter (1996), Mythologie chrétienne, Edition IMAGO
Jean Soler (2009), L'invention du Monothéiste, Edition de Fallois
Benjamin W. Fortson IV (2009), Indo-European Language and Culture: An Introduction, 2nd Edition, Wiley-Blackwell
J.-P. Mallory (1991), In search of the Indo-european, Thames & Hudson; Reprint edition
J.-P. Mallory (2006), The Oxford Introduction to Proto-Indo-European and the Proto-Indo-European World (Oxford Linguistics), Oxford University Press
Frédéric Ozanam (1872), Les Germains avant le christianisme : Recherches sur les origines, les traditions, les institutions des peuples germaniques, et sur leur établissement dans l'empire romain, Volume 1, Google books (domaine public) : https://books.google.be/books?id=zuPytgEACAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
Philippe Walter (1996), Mythologie chrétienne, Edition IMAGO
Jean Soler (2009), L'invention du Monothéiste, Edition de Fallois
Benjamin W. Fortson IV (2009), Indo-European Language and Culture: An Introduction, 2nd Edition, Wiley-Blackwell
J.-P. Mallory (1991), In search of the Indo-european, Thames & Hudson; Reprint edition
J.-P. Mallory (2006), The Oxford Introduction to Proto-Indo-European and the Proto-Indo-European World (Oxford Linguistics), Oxford University Press
Frédéric Ozanam (1872), Les Germains avant le christianisme : Recherches sur les origines, les traditions, les institutions des peuples germaniques, et sur leur établissement dans l'empire romain, Volume 1, Google books (domaine public) : https://books.google.be/books?id=zuPytgEACAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
.... et plusieurs publications des Mémoires de la Société d'Études Celtiques, Bruxelles.
Lien YouTube pour le clip officiel de Woodkid : https://www.youtube.com/watch?v=lmc21V-zBq0
(1) On me dit que je suis trop puriste, que ces traditions religieuses ou commerciales, peu importe leur version, sont de toute façon sans malice.
(1) On me dit que je suis trop puriste, que ces traditions religieuses ou commerciales, peu importe leur version, sont de toute façon sans malice.
Je ne suis pas de cet avis : les intentions à l'origine de ces transformations n'étaient pas sans malice. Elles visaient à dominer (les peuples, les esprits, les enfants). Elles instrumentalisaient sans scrupule. Et ces intentions sont incrustées dans ces traditions, qu'on en soit conscient ou pas. Elles font leur oeuvre à travers notre naïveté et notre ignorance consentie en perpétuant les mensonges d'une histoire écrite par les conquérants génocidaires de peuples et de connaissances.
C'est comme si on colonisait et avilissait, encore et encore, les anciens qui sommeillent en nous.
Je ne préconise pas de négliger des parties de l'histoire en rejetant la transformation des traditions au cours des siècles.
Mais j'aimerais inciter à questionner cette transformation, à la comprendre et lui donner la possibilité de nous enseigner au lieu de l'avaler sans réfléchir, de la laisser nous enfoncer dans la soumission avec des mensonges à la gloire des tyrans.
C'est comme si on colonisait et avilissait, encore et encore, les anciens qui sommeillent en nous.
Je ne préconise pas de négliger des parties de l'histoire en rejetant la transformation des traditions au cours des siècles.
Mais j'aimerais inciter à questionner cette transformation, à la comprendre et lui donner la possibilité de nous enseigner au lieu de l'avaler sans réfléchir, de la laisser nous enfoncer dans la soumission avec des mensonges à la gloire des tyrans.

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