Pas entièrement. Mais lorsqu’on débroussaille Halloween du fouillis imposé à travers les âges, on peut certainement trouver des points d'origine dans le Samain celtique.
Halloween vient de l’anglais Hollow eve(ning), « le soir creux».
Samain marquait la nouvelle année. Les Celtes comptaient en Lunes, pas en jours, leur journées commençant par le soir, et la même manière ils commençaient l'année par la période sombre, l'hiver, le jour (ou plutôt la nuit) équivalent à notre 31octobre au 1er novembre, mais selon le calendrier de Coligny et les traditions celtiques irlandaise, les rituels et assemblées de Samain duraient trois jours et trois nuits. (Voyez l'article sur le calendrier celtique ICI)
Extrait de "Milo" : « Une nuit pas comme les autres durant laquelle le voile entre les mondes était aminci à l’extrême. Lug (1) , le dieu flamboyant, avait lui-même traversé ce voile. Dès lors, le soleil, incapable de réchauffer la terre ni de contrer le vent de l’Est et du Nord, avait été vaincu par « ce qui brille mais ne brûle pas ». Ainsi débutait la saison du soleil mineur, soumis au règne de la lune.
Règne temporaire car la roue de Taranis tournait éternellement son cycle saisonnier et ramenait toujours l’équilibre. Aux hommes de comprendre que de la vie ou de la mort, aucune ne l’emporte jamais. Elles n’existent que par leur alternance ».
1) Les friandises
Les Celtes croyaient que le monde des morts était souterrain. Il représentait les racines de l'arbre celtique, là où les "âmes" désincarnées retournent avant de recommencer un cycle. Les grottes, les surfaces d’eau planes, étaient autant de moyens de s’y trouver piégé !
Durant cette nuit du 31 octobre au 1er novembre, les 3 dimensions de l'univers - le monde des vivants, celui des Dieux (et des âmes ascensionnées) et celui des morts (des âmes désincarnées et démons ou âmes exclues du cycle) - étaient connectées. Les Celtes apposaient donc sur le pas des portes, sur des tables à l’extérieur, de la nourriture, de préférence sucrée, pour que les morts qui s’égareraient par chez eux trouvent de quoi apaiser leurs angoisses,désirs de vengeance et autres blessures d'âmes non résolues.
Extrait de Milo : « Entre les tentes et les campements, dans les cours du domaine, les tables se comptaient par centaines. On en dressait pour les vivants mais aussi pour les morts. Le voile ténu en cette nuit intemporelle permettait aux ancêtres, aux amis décédés, de revenir hanter les lieux autrefois familiers. Tous ne voulaient pas que du bien aux vivants. Malheur à celui qui avait trahi un frère ou vaincu un ennemi par la tromperie et dont la mort ne lui épargnerait pas la vengeance !"
Une nourriture abondante était destinée à ces revenants, surtout les galettes, gâteaux, friandises sucrées de miel et parsemées de noix et de fruits secs, dans le but d’engourdir un éventuel courroux.
Les portes et fenêtre demeuraient ouvertes jusqu’à ce que le soleil soit levé. Si on les refermait trop tôt, on risquait d’emprisonner dans la maison l’un de ces esprits qui tourmenterait les vivants jusqu’au Samain suivant !
Pour ceux qui avaient perdu un être cher durant l’année, le deuil s’achevait la nuit de Samain
2) Les citrouilles
Cette nuit étant la préfiguration de l’année à venir, les guerriers prenaient des résolutions concernant leurs ennemis. C’est pourquoi les têtes des ennemis vaincus durant l’année écoulée, soigneusement embaumées, ornaient les contours des portes d’entrée des domaines, voire des maisons.
Cette coutume a bien sûr été mise à mal sur le continent sous la colonisation romaine, mais au pays de Galle, en Ecosse, en Irlande, elle a perduré jusqu’à la Christianisation.
Tout comme lors de l’abolition des sacrifices humains (2) où des mannequins de paille ont remplacé les prisonniers ennemis, les betteraves peintes ou sculptées, et bien plus tard les citrouilles et potirons (qui ne sont pas originaires de nos régions), ont été substituées aux têtes humaines à l'occasion de Samain.
3) Les traditions disparues
- Certains rituels impliquant la sexualité, symbolisant la fécondité, auraient eu lieu à l’époque de Samain chez les Celtes. Ces actes illustraient la fertilité associée au règne lunaire. Au contraire de la nature qui se repliait, stérile, durant la saison sombre, les femmes, intimement reliées à la lune, devenaient fécondes. L’hiver ramenait les hommes dans leurs lits, qu’ils soient guerriers toujours en quête de gloire durant la belle saison ou agriculteurs. Avant que la saison claire ne rappelle les époux en expéditions ou dans les champs, les épouses verraient leurs ventres s’arrondir et les enfants naîtraient sous le soleil éclatant de Lug le Resplendissant.
Il va sans dire que dès l’ère chrétienne, ce genre de rituel fut aboli.
- La tradition de l’hospitalité : le premier visiteur à entrer dans la demeure, tente ou maison, le matin de Samain, devait être comblé, choyé, nourri en abondance. Celui qui commençait l’année en donnant généreusement ou en recevant gracieusement ne connaîtrait pas la faim.
- « Déflorer les sources ». Boire la première eau de l’année promettait, endéans les douze mois, un mari aux femmes seules et un enfant aux jeunes épouses.
- Les guerriers prouvaient leur dévotion à Ogmios lors de combats singuliers qui ressemblaient plus à des danses qu’à des luttes : le dernier chant de l’épée avant la saison sombre, peu propice à la guerre.
D’ailleurs – et on en a encore la preuve dans le récit de César « la guerre des Gaules» - les gaulois, donc les Celtes continentaux à l'ouest du Rhin, répugnaient à se battre entre novembre et mars. Les conflits entre peuples bénéficiaient tacitement d’une trêve durant cette période.
Extrait de Milo : «Samain exige que les guerres cessent avant sa célébration parce qu’il ouvre les portes de l’hiver. Tu vois ce ciel ? Il annonce déjà les gelées cruelles, les intempéries imprévisibles, le blizzard et la neige, la tyrannie de l’obscurité. Les mains et les pieds se couvriront d’engelures, les souffles seront blanchis par le froid, les poitrines suffoqueront, les lèvres se crevasseront, les membres s’engourdiront. Peut-on tenir un siège dans ces conditions ? Non, prince Milo. Les hommes doivent rentrer chez eux, se recomposer au coin du feu et se donner le temps de penser, réitérer les alliances, reformer les troupes, et ne dépenser leur énergie qu’en s'assurant une postérité ! »
4) Halloween aujourd'hui
Les fantômes sont liés au monde des morts, comme vous l'aurez compris. Quant aux sorcières... cette invention du catholicisme pour éradiquer les femmes qui pratiquaient encore des rituels païens ou tout simplement des connaissances phytopharmaceutiques ou divinatrices issues des anciennes croyances (les femmes celtes avaient accès au sacerdoce druidique par le biais de la divination et étaient, de par leur intuition naturelle, préposées à l'usage des plantes médicinales), ont achevé de superposer l'idée du mal, de la peur et du diabolique. En effet, le royaume souterrain si cher aux Celtes, soit les racines de l'arbre celtique, là où le cycle de réincarnation débute un nouveau tour, fut transformé en enfer et diabolisé, à l'instar du bouc, par exemple, symbole de pouvoir royal et de fécondité.
Samain - faut-il croire que la fête celtique avait persisté sous la domination romaine - fut transformée en Toussaint. La fête des morts et de tous les Saints.
Les Celtes vénéraient une multitudes de dieux, de sous-dieux et demi-dieux et de héros. Après que les colons romains soient arrivés avec leurs chapelets de Dieux et de demi-dieux, la transition vers une myriade de saints c'est faite tout naturellement : le besoin d'invoquer une divinité attachée à un domaine précis était bien ancré.
Notez que le terme "païen" vient tout simplement du latin "pagano" pour "paysan". C'est là, au cœur des campagnes, que la religion naissante se devait de s'incruster. Ceci explique les multiples adaptations et incrustations.
Halloween prend donc bien sa source dans Samain. La fête nous est revenue par le biais des anglo-saxons. Ceux-ci, en partie, étaient descendants des gaulois belges (Belgique selon César, bien sûr) partis s'installer sur les îles de Bretagne et d'Eire. Moins latinisés que les celtes (gaulois) du continent, ils ont pu faire perdurer sans trop d'altération leurs traditions, culture et spiritualité plus longtemps que les Gaulois (Celtes du continent) jusqu'à la christianisation. Les différentes invasions (Germains, Normands, Vickings...) ont sans doute infligé leurs altérations à leur tour.
Les anglo-saxons parti émigrer aux USA dès le 18è s. ont emmené avec eux les reliquats de la tradition du passage saison claire/saison sombre.
Bien plus tard, Samain y fut affligées des amalgames et des ajouts destinés au marchandising, tout comme Noël.
Halloween est donc la version "société de consommation" de Samain.
Il est surprenant de constater par quels détours nos racines celtes nous reviennent.
FLB
(1)Voir autre article plus bas sur ce blog, ainsi que « La fête de Lug », Milo, p.225 à 228
(2) Si les rituels religieux impliquant des sacrifices humains – à différencier des condamnations à mort après jugement et les offrandes volontaires - ont existé chez les Celtes (d’après les auteurs antiques grecs et latins), on peut en déduire de certains éléments archéologiques qu’ils n’avaient plus cours depuis plusieurs générations, officiellement du moins, à la fin de la période de l’indépendance et lors de la guerre des Gaules. Notez qu’à Rome, les sacrifices religieux humains ont seulement été abolis vers 97 av. J-C. Demeuraient les exécutions des prisonniers de guerres lors des triomphes (Vercingétorix en aurait fait les frais) et … les jeux du cirque !
Sources :
-“Clanada na Gadelica”, a Gaelic culture education facility
- “History of the Irish Race”, Cycles, manner of living in Ancient Ireland, structural Antiquities and Arts
- Les œuvres complètes de Christian-J Guynvarc’h et Françoise Le Roux
- Jules César, La guerre des Gaules
- Jean-Paul Persigout, Dictionnaire de Mythologie Celtique
- les œuvres complètes de Jean-Louis Bruniaux
- Robert Graves, Les Mythes Celtes
- L’archéologie Nouvelle, magazine
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